Chocolate Nations: Living and Dying for Cocoa in West Africa

Critères de sélection 2 : commerce direct

Plusieurs personnes nous ont demandé, depuis l’ouverture de notre boutique, quels sont nos critères de sélection pour les chocolats que nous présentons. Les tablettes qui se retrouvent chez nous doivent bien sûr avoir bon goût, mais notre sélection ne s’arrête pas à la saveur des produits. Deux autres aspects sont cruciaux lorsque vient le temps de choisir de nouveaux produits. Le mois passé, j’ai abordé la question du bean-to-bar. Je parlerai maintenant du commerce direct, qui doit, pour nous, également être au coeur des pratiques des chocolatiers.

2e critère: Commerce direct

Saviez-vous que les fèves de cacao sont une marchandise (commodity) cotée en bourse, comme le blé, l’or ou le pétrole? Le prix d’une tonne de cacao est basé sur le calcul de l’offre et de la demande, et de ce qui peut se vendre dans la prochaine année. Le tout est lié à la croissance économique mondiale. Ces calculs sont souvent réalisés à Londres ou à New York par des courtiers en bourse. Et les grandes multinationales signent généralement des contrats d’achat plusieurs mois à l’avance, lorsque les prix sont au plus bas… (1)

Fèves de cacao

Fèves de cacao. Crédits photo: Taylor Kennedy.

Les producteurs de cacao n’ont que rarement leur mot à dire dans le processus, même si ce sont eux qui cultivent le cacao. Pour eux, cela signifie qu’ils doivent composer, récolte après récolte, avec une grande insécurité financière puisque les fluctuations de salaire sont monnaie courante. Le graphique suivant montre les hauts et les bas du cours du cacao depuis 20 ans.

Chocolate Nations: Living and Dying for Cocoa in West Africa

Fluctuations du prix du cacao (par tonne) dans les 20 dernières années. Source: Index Mundi.

L’une des solutions à ce problème pour les producteurs est d’obtenir une certification, les plus connues étant Fair Trade, Rainforest Alliance et UTZ. Ces certifications sont malheureusement très onéreuses, et les études ne démontrent pas qu’elles permettent aux producteurs d’avoir de meilleures conditions (2). Je n’aborderai pas plus dans ce billet l’épineuse question des certifications équitables, mais je vous laisse un lien pour un article très éclairant sur le sujet: How Fair Is Fair Trade Chocolate? (en anglais).

Je veux plutôt aborder le commerce direct qui est, selon moi, une façon beaucoup plus intéressante pour un chocolatier bean-to-bar d’acheter des fèves cacao. Si vous êtes amateurs de café, vous avez probablement déjà entendu cette expression puisque plusieurs torréfacteurs de café font du commerce direct depuis longtemps (3).

Ce qu’il faut savoir tout d’abord, c’est que le commerce direct n’est pas une certification. Il ne présente donc pas un seul visage. Chaque chocolatier bean-to-bar va entretenir des relations différentes avec les producteurs de cacao, et chaque situation va demander une approche différente. Ce qui réunit tous les chocolatiers qui font du commerce direct, c’est la philosophie derrière : une chaîne d’approvisionnement la plus courte possible et la plus transparente possible. Dans ce domaine, Taza Chocolate fait office de modèle avec leur Transparency Report annuel. Celui de 2015 vient d’ailleurs tout juste de sortir!

Alex Whitmore Belize

Alex Whitmore au Bélize, avec Gabriel Pop, de Maya Mountain Cacao. Crédit photo: Taza Chocolate.

Pour les chocolatiers bean-to-bar, le commerce direct signifie créer des liens à long terme avec des producteurs de cacao. Travailler année après année avec les mêmes personnes dans les mêmes pays donne aux chocolatiers la possibilité de faire plus, de ne pas être que des acheteurs. Shawn Askinosie, par exemple, d’Askinosie Chocolate, le démontre bien avec son implication dans quatre communautés de producteurs de cacao. Chaque année, il leur rend visite, leur présente dans leur langue ses états financiers, partage une partie de ses profits avec eux et met en place des projets pour les aider au-delà du cacao. Par exemple, en Tanzanie, son implication a permis de construire un puits d’eau potable et une classe d’école. C’est aussi dans ce même pays qu’a lieu une année sur deux la Chocolate University. Grâce à ce programme, une douzaine de jeunes de Springfield (Missouri) reçoivent une petite formation sur les affaires, le chocolat et le cacao. Ils s’envolent par la suite en Tanzanie avec Shawn Askinosie lui-même pour travailler avec les producteurs et réaliser des projets pour les aider. Inspirant!

Shawn et Vitaliano

Shawn Askinosie et Vitaliano, un producteur de cacao équatorien. Crédit photo: Askinosie Chocolate.

Les producteurs, de leur côté, seront plus enclins à cultiver un cacao de bonne qualité. Les chocolatiers bean-to-bar seront gagnants bien sûr, mais en fin de compte, les consommateurs en profiteront également! L’histoire de Marou illustre parfaitement ce point. Peu après leurs débuts, Samuel et Vincent, les fondateurs, se sont rendu compte que la qualité n’était pas au rendez-vous chez les producteurs avec qui ils faisaient affaires dans la région de Dong Nai. Plutôt que de laisser tomber ces producteurs, ils ont décidé de créer un projet de sociofinancement pour construire un centre de fermentation et de séchage du cacao. Des experts dans ce domaine se sont aussi rendus sur place, ce qui a permis aux producteurs de mieux comprendre ces étapes cruciales pour l’obtention d’un cacao de bonne qualité. C’est le fruit de ces efforts que vous pouvez maintenant goûter dans la tablette Dong Nai!

sechage feves dong nai

Séchage des fèves de cacao à Dong Nai. Crédits photo: Marou.

Vous comprenez probablement plus maintenant pourquoi le commerce direct me tient tant à cœur, et pourquoi c’est un critère de sélection à LA TABLETTE de Miss Choco! De notre côté, nous essayons aussi de faire du commerce direct à notre façon en achetant le plus souvent possible directement des chocolatiers bean-to-bar. C’est une façon pour nous de mieux connaître leurs produits et leur façon de travailler, pour mieux vous en parler par la suite!


(1) Ryan, O. (2012). Chocolate Nations: Living and Dying for Cocoa in West Africa. Ed.: Zed Books.

(2) Outre le livre de Ryan cité précédemment, je vous suggère de lire cette étude de la University of London, en Angleterre: How to do (and how not to do) fieldwork on Fair Trade and rural poverty.

(3) C’est le cas d’Intelligentsia aux États-Unis, un pionnier dans le domaine.

karine.c.guillemette@gmail.comCritères de sélection 2 : commerce direct